Il est des livres qui ne cherchent pas à expliquer le monde, mais à apprendre à le regarder autrement.
Her-Bak appartient à cette catégorie discrète. Sous la forme d’un récit situé dans l’Égypte ancienne, il propose une réflexion sur la formation de l’être humain et sur la manière dont la connaissance peut devenir une expérience vécue.
Her-Bak, dont le nom signifie « Face de Faucon » ou « Visage d’Horus », n’est pas un héros au sens habituel. Il représente plutôt une figure intérieure : celle de l’homme en devenir, appelé à passer d’un état encore indistinct à une conscience plus claire de lui-même et du monde.
La graine close
Au début du récit, l’enfant est surnommé « Pois Chiche ». Le nom surprend, presque amuse. Pourtant, dans la symbolique égyptienne telle que la restitue Schwaller de Lubicz, rien n’est gratuit. La graine est une image simple : elle est close, modeste, mais elle contient déjà ce qu’elle est appelée à devenir.
Dans cette perspective, le nom n’est pas une étiquette extérieure. Il désigne une potentialité. L’enfant porte en lui une capacité encore inexprimée, une orientation qu’il ne connaît pas encore. Tout le parcours de Her-Bak consistera à apprendre à reconnaître cette orientation, à la laisser se déployer.

Apprendre à lire le monde
Dans l’univers de Her-Bak, le monde n’est jamais neutre. La nature, les temples, les gestes, les mots : tout peut devenir signe, à condition de savoir regarder.
L’un des premiers enseignements que reçoit l’enfant est celui des correspondances. Ce qui se manifeste dans le monde visible renvoie à un ordre plus vaste. La croissance d’une plante, le mouvement des astres ou la forme d’une pierre ne sont pas seulement des faits : ils participent d’une même cohérence.
Les hiéroglyphes eux-mêmes ne sont pas présentés comme un langage figé, mais comme l’expression d’un lien vivant entre la forme et le sens. Apprendre à lire le monde, c’est déjà commencer à s’y situer autrement. Ce que la tradition nomme Maât renvoie moins à une morale qu’à une recherche d’équilibre entre l’homme, la nature et ce qui les dépasse.
Une transformation progressive
L’initiation de Her-Bak n’a rien de spectaculaire. Elle se fait par étapes, souvent lentes, parfois inconfortables. L’enfant traverse des moments de doute, de résistance, d’incompréhension. Il découvre aussi, peu à peu, une autre manière de percevoir ce qui l’entoure.
Ces étapes rappellent, sans être jamais théorisées comme telles, les grandes phases de l’alchimie intérieure : une période de confusion, puis un temps de clarification, enfin une transformation plus profonde du regard. Ce qui était cherché à l’extérieur commence à être reconnu comme une réalité intérieure.
Le faucon d’Horus, image solaire, cesse alors d’être une figure lointaine. Il devient le symbole d’un état de conscience : celui d’un être qui commence à se tenir droit face à la lumière.

Le Nom comme orientation
Dans la tradition évoquée par Schwaller de Lubicz, le Nom a une importance particulière. Il ne désigne pas seulement : il oriente. Recevoir un nom, c’est recevoir une direction, une responsabilité.
Lorsque l’enfant est nommé Her-Bak, « Face de Faucon », il ne reçoit pas un titre honorifique. Il est invité à devenir ce que ce nom suggère : un lieu de passage entre le visible et l’invisible, entre la terre et la lumière.
Découvrir que « le Temple est en soi » ne relève pas d’une idée abstraite. C’est une expérience intérieure : celle où l’homme cesse de chercher le sacré comme quelque chose d’extérieur et commence à en percevoir la présence au cœur de sa propre conscience.
Le rôle du silence
Un thème revient avec insistance dans le récit : le silence. Le maître n’enseigne pas par accumulation de discours. Il invite souvent l’enfant à se taire, à observer, à laisser les choses se dire d’elles-mêmes.
Ce silence n’est pas un vide. Il est un espace d’écoute. C’est là que peut apparaître une forme de connaissance différente, non pas acquise, mais reconnue. Le monde devient alors lisible autrement : non plus comme un ensemble d’objets, mais comme une réalité habitée.
Dans cette perspective, connaître ne signifie pas posséder, mais entrer en résonance.
Le Temple intérieur
À mesure que le récit avance, Her-Bak comprend que le Temple de pierre n’est pas une fin en soi. Il est un rappel, une image extérieure d’une structure intérieure plus profonde.
Le véritable travail ne consiste pas à quitter le monde, mais à l’habiter avec justesse. Le Temple devient une manière d’être : un espace de cohérence entre ce que l’homme pense, ce qu’il fait et ce qu’il est.
Le faucon d’Horus n’est plus alors un symbole lointain. Il devient l’image d’un regard éveillé, capable de relier le ciel et la terre dans une même expérience.

Un enseignement toujours actuel
Sous l’apparence d’un récit ancien, Her-Bak propose une réflexion qui dépasse largement son cadre historique. Il ne s’agit ni de reconstituer une Égypte idéalisée, ni de transmettre un savoir ésotérique réservé à quelques-uns.
Le livre invite plutôt à une transformation du regard. Il suggère que l’initiation n’est pas une accumulation de connaissances, mais un apprentissage de la présence. Reconnaître le Temple vivant que l’on porte en soi, c’est peut-être simplement apprendre à vivre avec plus de justesse, de cohérence et d’attention.
C’est en cela que le texte de Schwaller de Lubicz conserve, aujourd’hui encore, une résonance particulière.
Pour aller plus loin
- Isha Schwaller de Lubicz, Her-Bak « Pois Chiche » (Flammarion).
- Isha Schwaller de Lubicz, Her-Bak « Disciple » (Flammarion)
- Erik Hornung, Les Dieux de l’Egypte, le Un et le Multiple (Editions du Rocher)
- Christian Jacq, L’Égypte des grands pharaons (Perrin).
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